La lettre de Yoga Pluriel

Extrait de la lettre n°2- 8 juin 2015

LE MOT DE LA PRESIDENTE

A l’heure où j’écris ces mots, la chaleur règne et même le chant des oiseaux se fait discret. Sur la terrasse les plantes écrasées de soleil attendent d’être arrosées, sur la table la confiture de fraises refroidit dans les bocaux, tandis que tout invite à la sieste.

L’été est bien là, me renvoyant immédiatement à celui de l’enfance : des plages de jeu infinies laissant de la place pour la vacuité, l’exploration, la découverte. Le temps qui semble totalement élastique, ponctué par les seuls appels des parents à l’heure des repas et du coucher…

Mais en devenant des « grands » nous avons appris que même pendant l’été, le temps reste sagittal, rythmé par nos obligations quotidiennes… Avec une parenthèse éventuelle, celle des congés : quinze jours, trois semaines que l’on se sent tenu de remplir, « rentabiliser » au mieux, du fait même de leur rareté mais aussi sous l’injonction intériorisée à l’efficacité permanente.

Et si malgré tout la possibilité de vacuité se présente, c’est souvent la peur du vide qui surgit : que faire de ce temps libre ? Bien que cette question libère d’autres interrogations pouvant ouvrir des perspectives ̶ qui suis-je au-delà du rôle professionnel, familial, social que je tiens, quel sens donner à ma vie ̶ elle est par là même, très souvent, source d’angoisse.

Et pourtant…
Le temps pour nous aussi, adultes, s’étire, fut-ce à notre insu : en cette saison où les journées sont plus longues, où la chaleur ralentit nos gestes, où les soirées se prolongent, s’insèrent des interstices dans nos emplois du temps, une disponibilité accentuée par l’absence des uns et des autres, eux-mêmes en partance.
Or ces intervalles constituent des espaces-temps privilégiés pour laisser être, laisser faire, laisser agir et advenir en nous. Ils nous renvoient aux rétentions à plein et à vide au moment de l’inspir et de l’expir que vous avez pu expérimenter dans les séances de yoga. Dans ces « pauses », l’accès à d’autres plans de conscience y est rendu progressivement possible.

Yoga Pluriel glisse peu à peu dans le rythme estival et vous souhaite à toutes et à tous un bel été.

Marie Laurence Presi

POUR LA BEAUTE DES MOTS

Mehdi a choisi de vous aire partager un extrait d’un poème de Charles Cros (1842-1888), extrait du Coffret de Santal

C’est l’été. Le soleil darde
Ses rayons intarissables
Sur l’étranger qui s’attarde
Au milieu des vastes sables.
[…]
Au jardin, sous un toit lisse
De bambou, Sitâ sommeille :
Une moue effleure et plisse
Parfois sa lèvre vermeille.

Sous la gaze, d’or rayée,
Où son beau corps s’enveloppe,
En s’étirant, l’ennuyée
Ouvre ses yeux d’antilope.

Mais elle attend, sous ce voile
Qui trahit sa beauté nue,
Qu’au ciel la première étoile
Annonce la nuit venue.

Déjà le soleil s’incline
Et dans la mer murmurante
Va, derrière la colline,
Mirer sa splendeur mourante.

Et la nature brûlée
Respire enfin. La nuit brune
Revêt sa robe étoilée,
Et, calme, apparaît la lune.